Nous avons tendance à considérer la fatigue comme un obstacle qu’il faudrait surmonter à tout prix. Pourtant, certaines fatigues résistent à tous les efforts de volonté.
Pendant plusieurs mois, je me suis endormie dans les transports, en amphithéâtre et parfois même en travaux dirigés. Avec le recul, cette expérience m’a appris une chose importante : la fatigue et l’ennui ne sont pas forcément des signes de faiblesse. Ils peuvent aussi révéler un besoin de changement, un manque de sens ou des conditions d’apprentissage inadaptées. Encore faut-il apprendre à écouter ce qu’ils cherchent à nous dire.
Chaque jeudi, à 8h je m’endormais au bout de cinq minutes dans mon cours en amphithéâtre…
Chaque jeudi matin, je me levais à 6 h 30 pour être en cours à 8 h : amphi d’histoire moderne. Chaque jeudi à 7 h 10, j’entrais dans mon métro pour parcourir toute la ligne jusqu’au terminus. Je m’endormais régulièrement dès la troisième station, jusqu’au bout de la ligne, où une âme bienveillante prenait soin de me secouer l’épaule pour que je ne reste pas bloquée dans le wagon.
Une fois, je me réveille au moment où les portes se referment (véridique). Je me lève en catastrophe, mes cahiers se répandent sur le sol, je tambourine sur la vitre pour que quelqu’un me fasse sortir. Tranquillement, le métro redémarre pour aller stationner dans un tunnel. J’attends nerveusement. Puis il repart pour effectuer son trajet en sens inverse. Les portes s’ouvrent. Je sors haletante, comme si j’avais échappé au pire : rester bloquée une heure dans un métro vide.
Je me presse pour arriver à l’heure. Je m’assieds au milieu de l’amphi (pas trop près de l’estrade, du tableau et surtout du prof). Et je me rendors au bout de cinq minutes.
On ne lutte pas contre la fatigue et l’ennui
J’ai gravement pris conscience que je ne pouvais pas, physiquement parlant, lutter contre la fatigue et l’ennui. Je m’endormais dans le métro. Je m’endormais en amphi. Je m’endormais même en TD.
Aujourd’hui, je serais mortifiée qu’un étudiant s’endorme dans un de mes cours. Pourtant, quand j’en vois un qui décline, une secrète bienveillance m’envahit. Je me demande alors comment je peux faire pour capter leur intérêt et maintenir leur attention. Je sais que certains paramètres dépendent de moi (ma motivation, le sérieux avec lequel j’ai préparé mon cours, les méthodes pédagogiques que j’utilise), mais que d’autres sont hors de ma portée, et parfois même de mon imagination : la motivation de l’étudiant à assister au cours, la façon dont il gère son sommeil, les choix qu’il fait pour concilier travail et loisirs.
Et après ? Un changement de cursus
En troisième année d’études supérieures, je n’avais toujours pas de projet. Pour la troisième année consécutive (après une année de classe préparation et une année d’Histoire), je choisissais une orientation en fonction de mes goûts. Et que faire quand on aime l’histoire contemporaine et la sociologie ?
En faisant quelques recherches, j’ai découvert que l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne proposait un cursus de science politique qui débutait au niveau bac+2, et que les étudiants d’histoire y étaient les bienvenus. J’ai été admise. Au programme : histoire contemporaine, sociologie, épistémologie des sciences de l’homme, droit constitutionnel, vie et droit parlementaire, finances publiques et science administrative.
Sympa, non ? La suite : mes premiers entretiens de recherche en tant qu’apprentie sociologue, mes feintes pour faire comme si j’avais lu Le Monde toute la semaine, les profs, toujours les profs et encore les profs, et mon projet de formation qui commence à se préciser… un peu.
Le point que je retiens : la fatigue et l’ennui ne sont pas des défauts de caractère. Ce sont des signaux. Ils disent quelque chose de votre rythme, de votre intérêt, du sens que vous donnez à ce que vous faites.
Écoutez ce que votre fatigue vous dit
Rythme, intérêt, manière d’apprendre : tout cela se travaille.
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