De nombreux adultes qui retournent en formation portent encore les traces d’expériences scolaires difficiles. Certains se souviennent d’avoir été considérés comme « peu scolaires », d’autres ont longtemps cru qu’ils n’étaient pas faits pour les études. Pourtant, les difficultés rencontrées à l’école ne définissent ni votre intelligence ni votre potentiel d’apprentissage.
Reprendre des études à l’âge adulte offre souvent l’occasion de porter un regard nouveau sur son parcours et de découvrir ses véritables ressources. Dans cet article, je vous propose d’explorer les raisons pour lesquelles les résultats scolaires ne racontent jamais toute l’histoire d’une personne et comment retrouver confiance dans votre capacité à apprendre.
Perdre le goût d’apprendre, ou ne jamais l’avoir eu, est-il un problème ? Les mauvais résultats sont-ils forcément le signe d’un manque d’intelligence ? Je ne le crois pas. Ce que j’ai vécu, observé et lu m’a convaincue du contraire.
Si vous reprenez des études à l’âge adulte, il y a de fortes chances que vous portiez avec vous une vieille histoire. Une histoire qui commence par « à l’école, je n’étais pas doué pour… », « on m’a toujours dit que je ne travaillais pas assez », « je n’ai jamais été fait pour les études ».
Je rencontre chaque année des étudiants qui découvrent, souvent pour la première fois, ce que cela veut dire d’être en « échec scolaire » : ne pas comprendre en cours, être incapable de faire les exercices, se faire sermonner et accuser de ne « pas faire d’effort », de « ne pas être assez motivés », de « ne pas travailler suffisamment ».
Prendre sur soi et se forcer à travailler n’est pas forcément la solution quand on se heurte à des difficultés d’apprentissage. Il vaut mieux se demander ce que l’échec, la flemme, l’incapacité à s’y mettre ou le dégoût d’apprendre veulent dire.
Les exclus de l’intérieur
En 1992, les sociologues Pierre Bourdieu et Patrick Champagne ont publié un article au titre intrigant : « Les exclus de l’intérieur ». Comment peut-on être à la fois dedans et dehors ? C’est pourtant ce que ressentent beaucoup d’élèves et d’étudiants en échec : ils sont dans la classe, ils viennent en cours chaque matin, rendent leurs devoirs, passent les examens… et pourtant ils se savent, bien souvent, en sursis.
Leur analyse m’a beaucoup parlée, parce que j’ai vécu personnellement ce qu’ils décrivent. Mon lycée de banlieue m’a préparée au baccalauréat, pas à la classe préparatoire. Quand je suis arrivée en hypokhâgne dans le 6e arrondissement de Paris, j’étais en cours avec des élèves qui se préparaient depuis des années à intégrer l’École normale supérieure. Les cours particuliers avaient succédé aux voyages à l’étranger pour perfectionner les langues et assimiler à l’avance le programme. Un de mes profs de sociologie disait que, pour intégrer certaines grandes écoles, il fallait entrer dans le bon établissement dès la maternelle.
En première année, pour mettre un peu de beurre dans les épinards, j’avais déposé dans une boulangerie du quartier une annonce pour donner des cours de maths. J’ai été contactée par un notable qui habitait un immense appartement boulevard Montparnasse. Sa fille, en 3e, rencontrait-elle des difficultés ? Pas du tout : elle était première de sa classe. Son père voulait simplement qu’elle prenne de l’avance, pour intégrer le très sélectif lycée Louis-le-Grand. Je lui ai donc enseigné le programme de seconde.
Je n’avais pas le bagage culturel requis pour évoluer sereinement dans ce milieu. Mes parents et mon entourage n’avaient aucune idée des normes à respecter, des stratégies à suivre, des moyens à mobiliser pour s’y faire une place. Issue de la classe moyenne, je faisais figure de « privilégiée culturelle » dans mon lycée du Val-de-Marne, alors que j’étais mise au rebut en plein cœur de Paris.
Ce que cela m’a appris, c’est ce que Bourdieu et Champagne démontrent : les notes ne disent pas tout de ce que l’on vaut. Elles disent aussi d’où l’on vient, ce que l’on sait des règles du jeu, de quel soutien on a bénéficié. Longtemps, on a pensé que la réussite reposait exclusivement sur des dons et des mérites individuels, et ceux qui étaient « éliminés » en cours de route finissaient convaincus que l’école n’était pas faite pour eux. Aujourd’hui, on sait que l’échec scolaire ne s’explique pas uniquement par des déficiences personnelles.
L’intelligence ne se résume pas à une note
J’anime avec mes étudiants un atelier qui leur permet de reprendre confiance en eux grâce à la théorie des intelligences multiples d’Howard Gardner. Je commence par leur faire passer un test pour faire ressortir leur profil, c’est-à-dire les intelligences qu’ils exploitent le plus, et avec plaisir. Puis nous regardons ensemble une définition de l’intelligence qui ne se limite pas à ce que l’école mesure habituellement.
Ensuite, je leur donne à chacun une enveloppe pleine de petits papiers, sur lesquels sont écrites des « méthodes de travail ». À eux de les classer selon le type d’intelligence qu’elles mobilisent en priorité. Et nous terminons par une discussion : pratiquez-vous déjà les stratégies qui correspondent à vos habiletés ? Lesquelles pourriez-vous tester ? Comprenez-vous pourquoi certains cours ou certaines manières d’enseigner vous mettent en difficulté, quand d’autres vous paraissent faciles, voire évidents ?
À la fin d’une séance, un étudiant est venu me voir. « Les enseignants sont-ils au courant de tout ce dont vous nous avez parlé aujourd’hui ? Ne pourraient-ils pas adapter leur manière d’enseigner en tenant compte de la diversité de nos profils ? »
Cette question m’est restée. Et je vous la pose à mon tour, à vous qui avez peut-être longtemps cru que le problème, c’était vous : et si c’était simplement que personne ne vous avait jamais montré votre manière d’apprendre ?
Reprendre des études, ce n’est pas prendre une revanche sur l’école. C’est se donner, enfin, les conditions dans lesquelles on peut apprendre. Et ça, c’est tout à fait à votre portée.
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